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Le véritable sens de la résolution 2797 : entre diplomatie de temporisation et droit à l’autodétermination

Au cœur du tapage médiatique et de la célébration officielle qui ont accompagné l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, se dessine une tentative marocaine soutenue de transformer un document onusien routinier en un moment charnière de l’histoire nationale, voire en une "victoire diplomatique" présentée comme l’aboutissement d’un long parcours de lutte politique. Pourtant, une lecture attentive du texte révèle une réalité différente : la résolution ne contient rien de nouveau, si ce n’est le renouvellement du mandat de la MINURSO et l’appel à reprendre les négociations sans conditions préalables.

1. La légitimité internationale ne se résume pas à une narration de l’occupation

Lorsque le discours officiel évoque une "convergence entre la légitimité internationale et la légitimité nationale", il reformule les concepts de manière à occulter l’essence du droit international. La légitimité internationale, telle qu’établie par les résolutions de l’ONU, repose sur le principe du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui — un droit inaliénable. Quant à la "légitimité nationale" promue, elle repose sur une narration construite autour de l’imposition du fait accompli depuis 1975, par une occupation militaire et non par un consensus juridique ou populaire.

Comment alors concilier un droit onusien clair avec une politique d’imposition de souveraineté par la force ?

2. De la célébration à l’instrumentalisation émotionnelle

Les articles officiels transforment la résolution en une sorte de "fête nationale", dans une tentative de masquer la stagnation diplomatique sous un vernis de fierté et d’appartenance. Ce langage émotionnel, qui mêle sentiments et faits, n’est qu’un outil de propagande visant à ancrer une narration selon laquelle "le monde reconnaît la marocanité du Sahara". Or, le texte officiel de la résolution ne contient aucune mention de souveraineté marocaine, se contentant de réitérer l’appel à une solution politique juste et durable garantissant le droit à l’autodétermination.

3. De la résolution onusienne à la “baya’a nationale”

Le discours cherche à présenter le roi Mohammed VI comme celui qui aurait transformé les sentiments populaires en signification politique, faisant de l’État et de la nation un seul corps dans la défense de "l’unité territoriale". Mais cette description ne reflète qu’une tentative de monopoliser le dossier sahraoui et de le convertir en outil d’unification interne et de neutralisation de l’opposition, plutôt qu’en une cause de principe fondée sur une légitimité juridique internationale.

4. La résolution 2797 : une continuité de l’impasse, non une proclamation de victoire

Si cette résolution représentait réellement un tournant historique, elle aurait inclus :

  • un mécanisme clair pour organiser un référendum,
  • une position ferme sur les violations des droits humains dans les territoires occupés,
  • ou une mention du plan d’autonomie comme solution finale.

Mais rien de cela n’a eu lieu. La résolution reproduit l’approche traditionnelle : soutien aux efforts de l’envoyé onusien, appel au dialogue entre les parties, et renouvellement du mandat de la MINURSO. Il s’agit d’une décision technique dans un processus politique enlisé, non d’un acte fondateur d’une prétendue unité territoriale.

5. La vérité qu’on cherche à dissimuler

Malgré les tentatives des médias officiels de légitimer la réalité de l’occupation, le droit international considère toujours le Sahara occidental comme un territoire non autonome, et l’ONU n’a jamais reconnu la souveraineté du Maroc sur cette région. Toutes les résolutions du Conseil de sécurité, y compris la 2797, insistent sur la nécessité de parvenir à une solution garantissant le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination — un principe incontournable.

Conclusion

La résolution 2797 ne constitue pas une victoire diplomatique, mais plutôt une nouvelle confirmation de l’échec de l’option du fait accompli. Quant à la "joie populaire" décrite par les médias, elle reflète une machine de propagande qui tente de transformer l’impasse en gloire, et la défaite en triomphe.

La légitimité internationale ne se mesure pas à ce qui est promu dans les titres, mais à ce que stipule le droit international : le Sahara occidental est une terre dont le sort n’a pas encore été tranché, et son peuple est le seul à pouvoir décider de son avenir.



Par Belgacem Merbah



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