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Sahara occidental : entre rhétorique diplomatique et réalités géopolitiques – Réponse à l’article de Karim Serraj dans Le360.ma

L’intervention de Massad Boulos sur Sky News Arabia, et l’interprétation qu’en fait Karim Serraj dans son article publié le 29 octobre, soulèvent des questions fondamentales sur la nature du discours diplomatique américain, la position du Maroc sur le Sahara occidental, et le rôle de l’Algérie dans la stabilité régionale. Mais derrière les métaphores et les insinuations, il est essentiel de revenir aux faits et à une analyse géostratégique objective.

1. Une “feuille de route maroco-américaine” : mythe ou réalité ?

L’article évoque une prétendue feuille de route conjointe entre Rabat et Washington, censée guider la résolution du conflit saharien. Or, cette vision repose sur une extrapolation discutable. La reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara par Donald Trump en 2020 fut un acte politique unilatéral, inscrit dans une logique transactionnelle liée aux Accords d’Abraham. Elle n’a jamais été entérinée par le Congrès américain, ni confirmée comme doctrine officielle par les administrations Biden ou postérieures.

En réalité, la position américaine reste ambivalente : soutien au plan d’autonomie marocain, certes, mais dans le cadre d’un processus onusien, et non comme solution exclusive.

2. L’omission du Polisario : effacement diplomatique ou stratégie de contournement ?

Massad Boulos ne mentionne pas le Front Polisario dans son interview. Cette absence est interprétée comme une tentative de délégitimation. Pourtant, le Polisario demeure un acteur reconnu par l’ONU et la République arabe sahraouie démocratique (RASD) est membre de l’Union africaine. L’omission ne signifie pas disparition : elle reflète une stratégie de communication visant à marginaliser le discours indépendantiste, sans pour autant l’effacer du cadre juridique international.

3. Le parallèle avec le Soudan : une analogie géopolitique bancale

L’article de Serraj établit un parallèle entre l’Algérie et le Soudan, suggérant qu’un refus algérien du plan marocain pourrait mener à une fragmentation territoriale. Cette analogie est non seulement hasardeuse, mais elle ignore les réalités structurelles des deux pays. Le Soudan a connu une guerre civile fondée sur des clivages ethniques et religieux profonds. L’Algérie ne présente pas les mêmes vulnérabilités. Aucun rapport sérieux ne suggère une dynamique de partition liée au dossier saharien.

4. Le plan marocain d’autonomie : une solution parmi d’autres, pas une exclusivité

Le plan marocain de 2007 bénéficie d’un soutien diplomatique croissant, notamment de la part des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni. Toutefois, ce soutien ne constitue pas un consensus international. Des puissances comme la Chine, la Russie, et plusieurs pays du Sud global continuent de défendre le droit à l’autodétermination. Le Conseil de sécurité reste divisé, et aucune résolution onusienne n’a validé le plan marocain comme base unique de négociation.

5. Le discours de Boulos : diplomatie de l’image ou stratégie de pression ?

L’intervention de Massad Boulos, livrée sur une chaîne arabophone, s’adresse autant aux gouvernements qu’aux opinion-makers du monde arabe. Son ton métaphorique, ses allusions au Soudan, et son insistance sur la “paix” traduisent une volonté d’influencer les récits régionaux. Mais ce discours, aussi calibré soit-il, ne reflète pas une position institutionnelle officielle. Il s’agit d’un message politique, sans valeur contraignante dans les négociations internationales.

6. Conclusion : entre rhétorique et réalité

L’article de Karim Serraj repose sur une lecture idéologisée du conflit saharien, transformant une intervention médiatique en doctrine stratégique. Une analyse rigoureuse montre que :

  • Le dossier du Sahara occidental reste ouvert, disputé, et encadré par le droit international.
  • L’Algérie, loin d’être en voie de fragmentation, est un acteur diplomatique incontournable.
  • Le plan marocain, bien qu’appuyé par des puissances occidentales, n’est pas une solution exclusive.
  • Les États-Unis, même sous Trump, n’ont jamais imposé une solution finale, mais cherchent à favoriser une dynamique de négociation.

La paix ne se décrète pas par métaphore. Elle se construit par dialogue, respect mutuel et reconnaissance des réalités historiques et juridiques. Toute tentative de pression rhétorique, aussi subtile soit-elle, ne saurait remplacer un processus politique inclusif et équilibré.


Par Belgacem Merbah



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