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Sébastien Delogu, l’insoumis véritable : une singularité dans le paysage français sur la question sahraouie

La tempête politico-médiatique qui s’abat ces jours-ci en France autour de Sébastien Delogu, député LFI, révèle une fracture idéologique profonde, mais surtout, elle met en lumière une singularité rare dans le paysage politique hexagonal : un élu français qui ose, en terre algérienne, défendre une position de principe sur la question du Sahara occidental, à contre-courant des reniements, compromissions et silences complices de ses collègues — y compris ceux de son propre camp.


La France, empêtrée dans ses logiques de domination postcoloniale, n’en finit plus de piétiner les principes qu’elle prétend incarner. En témoigne la réaction outrée et unanime de ses élites — politiques, médiatiques et diplomatiques — à la visite de Delogu à Alger, et aux déclarations qu’il y a tenues. Que lui reproche-t-on exactement ? De ne pas avoir plaidé la cause de deux agents français condamnés par la justice algérienne pour des faits gravissimes d’espionnage ? Ou plutôt — et plus fondamentalement — de ne pas avoir joué le rôle assigné à tout responsable français en mission à l’étranger : celui d’un relais docile des intérêts de la République gaullienne dévoyée, quel qu’en soit le prix ?

Mais la vraie cause de la rage, celle qui couve et se devine derrière le rideau des indignations feintes, c’est bien la position courageuse du député marseillais sur la question du Sahara occidental. Dans un paysage politique français largement acquis, de manière honteusement silencieuse ou même enthousiaste, aux thèses marocaines — en premier lieu Jean-Luc Mélenchon lui-même, dont les prises de position sur le sujet frisent la compromission — Delogu incarne une voix rare et dissonante.

Une rupture claire avec Mélenchon sur le Sahara

Jean-Luc Mélenchon, leader de La France Insoumise, s’est signalé à plusieurs reprises par son alignement clair sur la position du régime marocain, au mépris du droit international, du référendum d’autodétermination pourtant prévu par les Nations unies, et surtout de la voix des peuples. En 2021, ses déclarations complaisantes envers Rabat avaient suscité l’indignation parmi les soutiens de la cause sahraouie, notamment en Algérie et dans les cercles altermondialistes. Sa formation, censée porter les causes des opprimés et dénoncer les logiques impérialistes, s’était alors discréditée.

Dans ce contexte, la voix de Delogu sonne comme un éclat de vérité. En choisissant de se rendre en Algérie, en saluant le combat du peuple sahraoui, et en affirmant avec clarté que le Sahara occidental est une question de décolonisation inachevée, il rappelle à la gauche française ce que devraient être ses fondements : la justice, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et la rupture avec les logiques impérialistes héritées de l’Histoire coloniale.

La meute et le silence complice

La réaction de la presse française – ou plutôt de la machine de propagande des actionnaires du CAC 40 – ne s’est pas fait attendre. « Delogu désavoué », « LFI embarrassée », « fracture au sein des Insoumis » : les titres pleuvent, les éditorialistes s’emballent, les plateaux télé s’enflamment. Mais dans cette hystérie orchestrée, on cherche en vain une discussion sérieuse sur le fond : sur les raisons de l’hostilité française envers l’Algérie, sur le rôle trouble de certains agents français déguisés en journalistes, sur la justesse de la position algérienne concernant le Sahara occidental. On préfère lyncher, déformer, isoler. L’originalité gêne, surtout lorsqu’elle est portée avec conviction.

La « désolidarisation » de LFI n’est que la cerise sur le gâteau rassis d’une gauche française qui, à force de vouloir paraître républicaine et respectable, en oublie ses racines. Elle témoigne d’une peur panique de l’accusation de « collusion avec l’Algérie » — accusation devenue un marqueur classique de la droite et de l’extrême-droite — et surtout d’une incapacité chronique à assumer une ligne politique claire sur les questions internationales. Là où l’Histoire exige du courage, c’est la lâcheté qui s’impose.

Alger comme point de bascule

La visite de Delogu en Algérie, et sa participation annoncée aux festivités du 5 juillet, ne sont pas anodines. Elles marquent symboliquement un positionnement politique assumé : celui d’un élu français qui reconnaît à l’Algérie le droit d’être respectée, et qui considère que l’amitié franco-algérienne ne peut être bâtie sur le chantage, l’arrogance ou la nostalgie coloniale. En choisissant d’être là, à Alger, à une date hautement symbolique, il trace une ligne de rupture avec l’hypocrisie ambiante.

Dans une France livrée aux Dati, Ciotti, Bardella, Le Pen ou Zemmour, où l’extrême-droite dicte désormais l’agenda républicain, Delogu incarne, qu’on le veuille ou non, une forme de dissidence. Une dissidence qui dérange, qui fait tache dans un hémicycle de plus en plus déshonoré, mais qui rappelle que la France peut encore produire, à l’occasion, des hommes politiques qui pensent en dehors de la doxa néocoloniale.

Dans le combat pour la vérité, il faut souvent accepter l’isolement. En se démarquant de la ligne ambiguë de Mélenchon, Sébastien Delogu n’a pas seulement affirmé son intégrité, il a aussi redonné un souffle à ceux qui, en France, en Algérie, au Sahara occidental et ailleurs, continuent de croire que la justice ne se négocie pas, même à l’ombre de l’Assemblée nationale française.


Par Belgacem Merbah



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