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Le Su-35 algérien : un cauchemar pour le Maroc ? Quand la propagande de Rabat trahit ses angoisses

La récente publication du site marocain Assahifa, proche des cercles du pouvoir à Rabat, met involontairement en lumière l’un des plus grands bouleversements géostratégiques au Maghreb depuis des décennies : l’entrée en service en Algérie des avions de chasse russes Su-35, l’un des fleurons de l’aéronautique militaire contemporaine.


Dans un article intitulé “Après avoir été refusées par l'Égypte et l'Iran, des images satellites révèlent la présence de chasseurs 'Soukhoï-35' en Algérie.”, le média marocain s’attarde longuement sur l’arrivée des Su-35 dans une base aérienne algérienne, usant d’un ton alarmiste et révélateur, tout en soulignant que ces appareils avaient été refusés par l’Égypte et l’Iran. Mais derrière cette couverture apparemment informative, se dessinent les véritables craintes marocaines, tant sur le plan militaire que diplomatique.

Le Su-35 : un “game changer” qui fait trembler Rabat

L’Algérie a acquis ces avions initialement destinés à l’Égypte, mais récupérés suite à des pressions occidentales exercées sur Le Caire. Le Su-35, reconnu pour sa maniabilité exceptionnelle, sa portée opérationnelle étendue et son puissant radar, modifie fondamentalement l’équilibre des forces aériennes en Afrique du Nord. En effet, aucun appareil actuellement dans l’inventaire marocain – même les F-16 modernisés – ne peut rivaliser avec les capacités du Su-35 dans un duel aérien ou dans des missions de domination de l’espace aérien.

Il n’est donc pas surprenant que ce sujet soit traité avec autant de nervosité dans la presse marocaine. Assahifa, tout en tentant de minimiser la valeur stratégique de ces avions en les qualifiant d’“anciens” ou de “refusés”, insiste paradoxalement sur leur présence exacte, sur la base aérienne d’Oum El Bouaghi, via des images satellites, comme si cette transparence renforçait la gravité de la situation.


Assahifa : le relais des inquiétudes du makhzen

Assahifa, bien qu’habillé d’un vernis de neutralité journalistique, est réputé pour être un média étroitement aligné sur la vision du makhzen (l’appareil de pouvoir monarchique marocain). Il est souvent utilisé pour tester ou préparer l’opinion publique marocaine à certaines orientations politiques ou militaires. L’emphase mise sur le dossier du Su-35 algérien semble moins guidée par un souci d’informer que par la volonté de préparer l’opinion marocaine à un rapport de force défavorable vis-à-vis de l’Algérie.

Ce n’est pas la première fois que Assahifa tente de dissimuler des faiblesses marocaines derrière un discours de façade. Dans d’autres dossiers, tels que le Sahara Occidental ou les tensions diplomatiques avec l’Espagne, ce média a souvent joué le rôle de porte-voix officieux du régime, injectant des récits soigneusement calibrés pour détourner l’attention de l’opinion intérieure.

L’obsession algérienne au cœur de la stratégie médiatique marocaine

Le ton général de l’article traduit en réalité une obsession chronique du Maroc pour l’Algérie. Il ne s’agit pas simplement d’une inquiétude technique liée à l’armement algérien, mais bien d’une angoisse structurelle face à un voisin qui affirme son autonomie stratégique, investit massivement dans sa défense nationale, et revendique un leadership régional que Rabat peine à contrecarrer.

D’ailleurs, le fait que le média évoque également les tensions régionales (Niger, Mali, etc.) et les réformes militaires algériennes (comme la récente loi sur la mobilisation générale) montre que la peur du déclassement marocain n’est pas seulement militaire, elle est géopolitique et idéologique.

Conclusion : Le Su-35, révélateur des fractures stratégiques

En définitive, si l’article d’Assahifa se veut une critique technique de l’achat algérien, il révèle surtout une chose : le Maroc se sent vulnérable face à l’ascension militaire et diplomatique de son voisin. L’Algérie, en intégrant les Su-35 à son arsenal, confirme non seulement sa capacité à contourner les pressions occidentales, mais aussi à investir dans des technologies de pointe, quitte à déranger les équilibres établis.

Et si Assahifa parle tant du Su-35, c’est parce qu’au fond, Rabat sait que ce n’est plus seulement dans les discours que l’Algérie prend l’avantage. C’est dans les airs.




Par Belgacem Merbah



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