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Tensions entre Paris et Alger : Pourquoi l'Algérie reste silencieuse face aux provocations françaises ?

Depuis plusieurs semaines, les relations entre la France et l'Algérie connaissent une nouvelle phase de crispation, marquée par des provocations répétées du gouvernement français. Sous l'impulsion de son ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau, Paris semble mener une campagne hostile contre Alger, en multipliant les gestes humiliants et les décisions controversées. L'expulsion récente de l'épouse de l'ambassadeur d'Algérie au Mali, alors qu'elle était en visite privée à Paris, a constitué un point culminant de cette escalade. Pourtant, face à ces attaques frontales, la réaction algérienne reste d'une étonnante retenue, au point que certains observateurs s'interrogent sur les raisons profondes de cette posture modérée.

Si certains avancent l'idée que l'Algérie adopte une posture de sagesse diplomatique, d'autres y voient surtout la conséquence directe des leviers de pression dont dispose la France sur une partie des élites algériennes, notamment à travers les biens immobiliers que ces dernières possèdent sur le territoire français.

Une campagne haineuse orchestrée par Bruno Retailleau

Depuis sa nomination comme ministre de l'Intérieur dans le gouvernement de Gabriel Attal en janvier 2024, Bruno Retailleau n'a cessé de multiplier les déclarations et décisions hostiles à l'égard de l'Algérie. Issu de la droite conservatrice, Retailleau s'est rapidement distingué par un discours radical sur les questions migratoires et sécuritaires, faisant de l'Algérie une cible privilégiée dans sa rhétorique populiste.

La dernière provocation en date – l'expulsion de l'épouse de l'ambassadeur algérien au Mali – a été perçue comme une humiliation délibérée visant à tester la capacité de riposte d'Alger. Un tel acte, rarissime dans les usages diplomatiques, équivaut à un message clair envoyé au gouvernement algérien : Paris est prête à franchir des lignes rouges.

Mais là où beaucoup s'attendaient à une riposte ferme de la part d'Alger, la réaction est restée d'une étonnante modération.

L'argument douteux de l'APS : Macron, otage de son gouvernement ?

L'agence de presse officielle algérienne, APS, a même tenté de dédramatiser l'affaire en avançant un argument pour le moins fantaisiste : Emmanuel Macron serait otage de son propre gouvernement et ne partagerait pas la ligne dure de son ministre de l'Intérieur. Selon cette version, Retailleau agirait sans l'aval total de l'Élysée, dans le cadre d'une lutte de pouvoir interne au sein du gouvernement français.

Cet argument semble pourtant difficilement crédible pour quiconque connaît le fonctionnement des institutions françaises. La Constitution de la Ve République est claire : la politique étrangère relève exclusivement du président de la République, qui en définit les grandes orientations. Aucune décision concernant des actes diplomatiques majeurs, comme l'expulsion de membres de familles diplomatiques, ne peut être prise sans l'aval direct du chef de l'État.

En cherchant à exonérer Emmanuel Macron de toute responsabilité, l'APS donne l'impression d'adopter une ligne de communication visant à ménager l'Élysée, quitte à accréditer une thèse absurde.

Pourquoi l'Algérie ménage-t-elle Paris malgré les provocations ?

La retenue algérienne face à cette escalade soulève une question fondamentale : qu'est-ce qui empêche Alger d'adopter une posture plus ferme face à la France ?

L'une des hypothèses les plus plausibles repose sur un secret bien connu dans les milieux diplomatiques : les biens immobiliers détenus par les élites algériennes en France. Depuis plusieurs années, des enquêtes indépendantes ont mis en lumière l'ampleur des patrimoines immobiliers acquis par certains responsables algériens dans les quartiers les plus chics de Paris, de la Côte d'Azur ou de la banlieue cossue de la capitale française.

Qu'ils aient été acquis de manière licite ou par des pratiques douteuses, ces biens immobiliers constituent aujourd'hui un levier crucial dans les dynamiques de pouvoir entre les deux pays. La France dispose d'informations détaillées sur ces patrimoines et n'hésite pas à s'en servir comme moyen de pression discret pour infléchir les positions algériennes sur des dossiers sensibles.

Comment fonctionne ce levier de pression ?

Les services français, notamment le Tracfin (chargé de la lutte contre le blanchiment d'argent) et la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), détiennent des listes précises des biens immobiliers appartenant à des responsables algériens ou à leurs proches. Grâce à des mécanismes de coopération internationale et à la législation sur le blanchiment d'argent, Paris peut à tout moment geler ces avoirs ou rendre publiques certaines informations compromettantes.

Cette menace plane en permanence sur certains hauts responsables algériens, qui préfèrent alors faire preuve de prudence dans leurs réactions, quitte à accepter des humiliations diplomatiques.

Une diplomatie d'influence invisible

Ce système crée une forme de diplomatie invisible où la corruption devient un outil de contrôle politique. La France, tout en affichant officiellement son soutien à la lutte contre la corruption internationale, tolère ces fortunes douteuses tant qu'elles lui permettent de maintenir son influence sur le gouvernement algérien.

Un ancien diplomate français confiait récemment au journal Le Monde Diplomatique :
"La France sait parfaitement qui possède quoi. Ces informations ne sont pas utilisées publiquement, mais elles servent à maintenir une pression permanente sur certains décideurs algériens."

Le piège de la dépendance

Cette dépendance des élites algériennes à la France pose une question morale cruciale : comment un gouvernement qui se réclame de la souveraineté nationale peut-il tolérer que ses dirigeants placent leurs fortunes personnelles entre les mains de l'ancienne puissance coloniale ?

La réponse est simple : la corruption, loin d'être seulement un fléau économique, devient un instrument de contrôle géopolitique.

Le silence algérien : une faiblesse ou une stratégie ?

Face à cette campagne de provocations, Alger donne l'impression de subir sans réagir. Certains y voient une forme de maturité diplomatique, mais d'autres y perçoivent surtout une faiblesse structurelle liée à la compromission de certaines élites.

Si l'Algérie veut réellement se libérer de cette dépendance, elle devra impérativement ouvrir une vaste enquête sur les biens mal acquis par ses responsables à l'étranger, à l'image de ce que réclament depuis des années les militants du Hirak.

Conclusion : une soumission maquillée en retenue ?

Les tensions actuelles entre Paris et Alger révèlent une réalité dérangeante : la retenue algérienne face aux provocations françaises ne s'explique pas uniquement par la prudence diplomatique, mais aussi par une relation de dépendance invisible où la corruption des élites devient une arme redoutable.

Tant que cette question ne sera pas abordée frontalement, l'Algérie continuera de subir des humiliations diplomatiques, prisonnière de ses propres contradictions.

Les biens immobiliers des élites algériennes en France ne sont pas seulement une affaire de corruption, ils sont au cœur d'un système de contrôle postcolonial, où la France exploite les failles de ses anciens partenaires pour préserver son influence.




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