Le vent de l’Histoire souffle avec une force nouvelle sur l’Algérie. Après des décennies d’hésitations, de tergiversations et de compromis silencieux, l’Algérie s’apprête à franchir un pas décisif en direction d’une justice mémorielle attendue depuis trop longtemps. Ce 23 mars 2025 marque un tournant historique : l’Assemblée Populaire Nationale (APN) a officiellement installé une commission chargée de l’élaboration d’une loi criminalisant le colonialisme français. Un acte de courage politique et de fidélité envers les sacrifices du peuple algérien, mais aussi un défi lancé à ceux qui persistent à édulcorer ou nier la barbarie coloniale.
Un Combat de Vérité et de Dignité
Depuis l’indépendance en 1962, la question mémorielle demeure un point de friction majeur entre l’Algérie et la France. Des initiatives parlementaires ont vu le jour à plusieurs reprises pour exiger la reconnaissance des crimes coloniaux, mais elles ont systématiquement buté contre des pressions extérieures et des calculs diplomatiques. Cette fois, l’Algérie se dresse, inébranlable, pour affirmer une vérité indélébile : le colonialisme n’est pas une page glorieuse de l’histoire, il est un crime contre l’humanité.
Brahim Boughali, président de l’APN, a rappelé avec force que ce combat n’était ni une manœuvre politique ni un moyen de marchandage, mais un devoir de mémoire. Il a souligné que la France a accumulé des atrocités innommables sur le sol algérien : l’enfumade de Dahra en 1845, où des centaines d’Algériens furent asphyxiés dans des grottes par l’armée française ; l’usage d’armes biologiques contre les populations de Laghouat en 1852 ; les massacres du 8 mai 1945, où des milliers d’Algériens furent fauchés par les balles de l’occupant pour avoir osé réclamer la liberté ; les essais nucléaires à Regane et In Ecker, dont les séquelles radioactives empoisonnent encore les terres et les corps. La liste est longue, macabre, impardonnable.
L’Algérie ne réclame ni faveur ni indulgence, elle exige la vérité, la reconnaissance et la justice.
Un Choc Diplomatique Inévitable
L’adoption d’une loi criminalisant le colonialisme français ne manquera pas de raviver les tensions entre Alger et Paris. Déjà envenimées par les polémiques autour des visas, des déclarations de certains dirigeants français sur la nation algérienne et la rétention des archives coloniales, les relations entre les deux pays risquent de connaître une nouvelle tempête.
La France officielle, enfermée dans son refus d’assumer pleinement ses crimes, a toujours réagi avec crispation aux démarches mémorielles algériennes. Pourtant, comment peut-on prétendre construire un avenir serein sans affronter les vérités du passé ? Le courage politique exigerait que la France suive l’exemple d’autres anciennes puissances coloniales, comme l’Allemagne vis-à-vis de la Namibie, en reconnaissant formellement ses crimes et en réparant, symboliquement et matériellement, les blessures infligées.
Si Paris choisit encore une fois l’aveuglement, elle risque de perdre définitivement l’opportunité de construire une relation d’égal à égal avec l’Algérie. Une relation fondée sur le respect, non sur la condescendance et l’hypocrisie.
L’Afrique en Quête de Justice
L’initiative algérienne s’inscrit dans un mouvement plus large à l’échelle du continent. Lors du 38ᵉ sommet de l’Union Africaine en février 2025, une résolution historique a été adoptée : esclavage, colonialisme et déportation ont été officiellement classés comme crimes contre l’humanité et crimes de génocide. L’Afrique, longtemps traitée en périphérie de l’Histoire, reprend aujourd’hui sa place et exige des comptes.
L’Algérie, fidèle à son rôle de nation phare dans la lutte anti-coloniale, se positionne à l’avant-garde de cette quête de justice. Ce projet de loi ne concerne pas seulement les Algériens, il résonne dans toute l’Afrique, dans tous les pays qui ont subi le joug du colonialisme. Il est un signal fort envoyé aux anciennes puissances coloniales : l’impunité n’est plus une option.
Une Nouvelle Ère de Fierté Nationale
L’adoption de cette loi marquera une victoire historique pour la dignité algérienne. Elle rappellera aux générations futures que leur liberté a été chèrement acquise, que l’oubli n’est pas une option et que l’histoire ne se réécrit pas au gré des intérêts politiques.
L’Algérie d’aujourd’hui est forte, fière et souveraine. Elle n’a pas besoin de l’approbation de qui que ce soit pour revendiquer la vérité. La reconnaissance des crimes coloniaux ne sera ni une faveur ni un geste symbolique, mais une exigence morale et historique.
L’heure est venue d’écrire une nouvelle page, non plus dictée par les anciens oppresseurs, mais par les fils et filles de l’Algérie libre. Une page où la mémoire triomphe du déni, où la justice balaie l’arrogance, où l’Histoire retrouve enfin son honneur.
Belgacem Merbah
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