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L’hostilité anti-algérienne dans le discours politico-intellectuel français : Le cas Boualem Sansal et ses implications

Cet article analyse les réactions politico-médiatiques en France à l’arrestation de Boualem Sansal, écrivain algérien controversé. En s’appuyant sur ce cas, il explore les dynamiques d’un courant hostile à l’Algérie, inscrit dans une longue tradition de remise en question de sa souveraineté et de son histoire. Ce phénomène, porté par des figures publiques et intellectuelles influentes, soulève des questions sur les contradictions du discours français concernant la mémoire historique, la liberté d’expression et le droit international.

L’arrestation de Boualem Sansal à Alger a provoqué une levée de boucliers parmi certains milieux politiques et intellectuels français. Au-delà du cas individuel, cette affaire met en lumière l’existence d’un courant idéologique souvent critique envers l’Algérie, oscillant entre une contestation de sa souveraineté et une instrumentalisation de figures algériennes pour des intérêts politiques ou symboliques. Cet article examine ces réactions sous l’angle des relations franco-algériennes, en questionnant les discours sur la mémoire, la justice internationale et la liberté d’expression.

1. La controverse autour de Boualem Sansal : entre littérature et politique
Boualem Sansal, souvent perçu comme un intellectuel engagé, est une figure clivante. Encensé par des cercles français proches de l’extrême droite, il est critiqué en Algérie pour ses prises de position perçues comme révisionnistes concernant l’histoire et l’identité nationale. L’arrestation de Sansal a servi de catalyseur pour une mobilisation d’acteurs politiques tels qu’Éric Zemmour, Marine Le Pen, et Mohamed Sifaoui, ainsi que de certaines personnalités culturelles, toutes promptes à dénoncer une atteinte présumée à la liberté d’expression. Cette mobilisation révèle une tendance récurrente à ériger certaines figures en symboles d’un combat contre le pouvoir algérien, tout en minimisant les critiques locales sur leurs positions controversées.

2. La dimension idéologique du discours anti-algérien
Les réactions suscitées par cette affaire s’inscrivent dans un courant idéologique plus large, marqué par une remise en question systématique de la souveraineté algérienne. Ce lobby, souvent associé à des milieux pro-sionistes et conservateurs, agit à travers des personnalités médiatiques et des structures d’influence. Il ne s’agit pas uniquement de défendre Boualem Sansal, mais de construire une narrative où l’Algérie est systématiquement dépeinte comme répressive et hostile aux libertés fondamentales.

Cette posture contraste avec le silence sur d’autres questions de droits humains et de droit international. Par exemple, la France, prompte à dénoncer l’arrestation de Sansal, reste passive face au mandat d’arrêt international émis contre Benjamin Netanyahu, pourtant accusé de crimes de guerre. Une telle asymétrie révèle les limites et les contradictions du discours officiel sur les principes universels.

3. Les contradictions mémorielles et politiques de la France
Le cas Boualem Sansal met également en exergue les contradictions de la politique mémorielle française. Depuis l’adoption de lois telles que la loi Gayssot, la France a légiféré pour combattre le négationnisme, notamment en ce qui concerne la Shoah. Cependant, cette rigueur n’est pas appliquée à des figures comme Sansal, accusé de nier l’existence et la souveraineté de la nation algérienne. Par ailleurs, le président Emmanuel Macron, qui a reconnu certains crimes coloniaux de la France en Algérie et initié un processus de réconciliation historique, apparaît en décalage en défendant indirectement des auteurs aux positions contraires à cet effort de mémoire.

4. L’instrumentalisation de la liberté d’expression
L’un des arguments centraux des défenseurs de Boualem Sansal repose sur la liberté d’expression. Pourtant, cet argument semble sélectif. Alors que l’arrestation de Sansal à Alger est dénoncée comme une atteinte à ce principe, la France elle-même est critiquée pour des pratiques restrictives, notamment à l’égard de figures comme Pavel Dourov, fondateur de Telegram. Ce double standard reflète une instrumentalisation opportuniste de la liberté d’expression, utilisée pour servir des agendas politiques spécifiques.

Conclusion
L’affaire Boualem Sansal illustre les tensions complexes entre la France et l’Algérie, où les enjeux mémoriels, politiques et idéologiques se croisent. Derrière les discours sur la défense des droits et des libertés, se dessine une stratégie visant à déstabiliser la souveraineté algérienne tout en exploitant des figures emblématiques pour des intérêts propres. Une analyse critique de ces dynamiques est essentielle pour dépasser les narrations polarisantes et promouvoir un dialogue fondé sur le respect mutuel et la cohérence des principes universels.

Belgacem Merbah



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