La Relation d'Interdépendance Franco-Marocaine Depuis les Accords de la Celle-Saint-Cloud (1955) et l'Impact du Rapprochement Franco-Marocain sur les Relations avec l'Algérie
Les Accords de la Celle-Saint-Cloud, signés en 1955, ont marqué une étape cruciale dans la "décolonisation" progressive du Maroc tout en établissant des relations de coopération étroite avec la France. Cette interdépendance, qui a survécu à l’évolution de l'Afrique du Nord post-coloniale, constitue une base complexe pour les relations diplomatiques et économiques des deux pays. À travers les décennies, ces liens se sont souvent ajustés en fonction des enjeux régionaux et des pressions internes françaises, parfois au détriment des relations entre Paris et d'autres nations du Maghreb, notamment l'Algérie. Récemment, la réaffirmation par le président Emmanuel Macron du soutien de la France à la « souveraineté marocaine » sur le Sahara occidental a ravivé les tensions avec Alger, alimentant les perceptions d’un « marché de dupes » orchestré sous l’influence des lobbies pro-marocains en France.
Cet article se propose d’analyser cette relation d’interdépendance entre le Maroc et la France, en examinant comment les enjeux politiques internes et les rivalités régionales influencent le positionnement de la France vis-à-vis du Sahara occidental et des relations avec l’Algérie.
I. Les Accords de la Celle-Saint-Cloud : Naissance d'une Interdépendance Structurée
Les Accords de la Celle-Saint-Cloud de 1955 ont permis au Maroc d’obtenir son indépendance tout en consolidant des liens étroits avec la France dans des domaines stratégiques, tels que la défense, la diplomatie et l’économie. En contrepartie, le Maroc est resté une zone d’influence française, bénéficiant d'un soutien militaire et économique crucial dans ses premières décennies d'indépendance. Cette interdépendance a permis à la France de maintenir une forme de présence dans ses anciennes colonies et au Maroc d’asseoir une stabilité politique tout en renforçant ses institutions.
Au-delà des liens diplomatiques et économiques, cette relation s'est matérialisée par un partenariat dans l’enseignement, la culture et les échanges universitaires, influençant profondément la politique étrangère marocaine. Cependant, cette interdépendance a également contribué à aligner progressivement le Maroc sur les intérêts stratégiques de la France dans la région, y compris vis-à-vis de l’Algérie, alimentant parfois des frictions au sein du Maghreb.
II. Le Contexte Actuel : Entre Pressions Intérieures Françaises et Influences des Lobbies Pro-Marocains
Les récentes déclarations du président Macron en faveur de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental illustrent une volte-face significative par rapport à la tentative de rapprochement avec l’Algérie initiée en 2022. Ce changement est perçu comme une concession aux pressions des lobbies pro-marocains en France, composés de groupes influents d’origine marocaine ainsi que de certains cercles d’affaires nostalgiques de l'Algérie française. En effet, les relations entre la France et l’Algérie, qui semblaient s'améliorer après la visite de Macron à Alger en 2022, se sont détériorées suite à ce repositionnement.
La « réévaluation » de la politique maghrébine française, apparente dans les récentes actions de Macron, résulte en partie des enjeux politiques internes. Le président français, fragilisé par une perte de majorité et confronté à une pression croissante des partis de droite et d’extrême droite, semble avoir choisi de renforcer ses liens avec le Maroc, en dépit des tensions régionales que cette décision pourrait exacerber.
III. L’Impact sur les Relations Franco-Algériennes : Une Rupture Délétère
Le soutien de la France au plan d’autonomie marocain de 2007 et son investissement annoncé dans le Sahara occidental n’ont pas manqué de provoquer une réaction négative de l'Algérie. Cette situation illustre une nouvelle fracture dans les relations franco-algériennes, exacerbée par le positionnement stratégique de Paris. En effet, pour l’Algérie, la question du Sahara occidental est avant tout une question de droit international, le territoire étant toujours inscrit par l'ONU comme « territoire non autonome ». La reconnaissance de la souveraineté marocaine par la France est donc perçue comme une provocation et une trahison de la relation de confiance précédemment établie.
En ce sens, le rapprochement franco-marocain pourrait avoir des conséquences délétères pour la stabilité de la région. En effet, ce soutien ouvert au Maroc et l'influence visible des lobbies pro-marocains en France sont considérés par Alger comme un obstacle majeur à un dialogue serein avec Paris, et même comme une menace à la sécurité régionale.
IV. La Question du Sahara Occidental : Un Marché de Dupes ?
La reconnaissance française de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental reste fondamentalement symbolique et n’a aucun fondement juridique en droit international. La récente décision de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) d'annuler les accords de pêche et d'agriculture entre le Maroc et l'UE, au motif qu'ils incluaient le Sahara occidental, rappelle que la France ne peut pas décréter unilatéralement la souveraineté marocaine. Cette position isolée de la France pourrait affaiblir sa crédibilité sur la scène internationale et limiter son influence auprès des autres partenaires européens.
Quant aux promesses d’investissements français dans le Sahara occidental, elles pourraient s’avérer être illusoires, car elles contredisent les discours antérieurs de Macron en faveur de la relocalisation industrielle en France. De plus, le Maroc, en crise économique et sociale, ne semble pas disposer de la capacité de générer de grands marchés d’opportunité pour les entreprises françaises.
Conclusion
La relation franco-marocaine, forgée dans les années post-coloniales et renforcée par les Accords de la Celle-Saint-Cloud, reste une alliance complexe, façonnée par les impératifs économiques et politiques internes de la France. Cependant, ce rapprochement s'avère de plus en plus difficile à maintenir dans le contexte actuel, où la France se voit contrainte d’équilibrer ses intérêts au Maghreb.
Le revirement de la politique française au Sahara occidental, motivé par des considérations internes et l'influence de lobbies pro-marocains, compromet les relations avec l’Algérie et risque de déstabiliser davantage le Maghreb. La situation semble en effet se diriger vers un équilibre fragile où les alliances se font et se défont selon les intérêts de court terme, au détriment de la stabilité régionale et des principes du droit international. Dans ce contexte, le « marché de dupes » entre Paris et Rabat pourrait se révéler coûteux pour la France, tant sur le plan économique que diplomatique.
Belgacem Merbah
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